médaillon
Le déclin des abeilles

Tribune. «Les abeilles sont menacées d’extinction en Europe», Le Monde, 19/10/17, 14h02

Par Éric Andrieu (Député européen socialiste), Guillaume Balas (Député européen socialiste) et Jean-Paul Denanot (Député européen socialiste)

Trois députés européens socialistes expliquent dans une tribune au « Monde » qu’il faut interdire totalement les néonicotinoïdes en Europe et structurer la filière apicole en favorisant la professionnalisation des métiers de l’apiculture et de l’apidologie.
Tribune. Prolongeant le discours de ses agences sur l’inocuité du glyphosate, la Commission européenne, dans un rapport publié le 10 octobre, a estimé que « si les pesticides sont utilisés conformément aux conditions d’utilisation autorisées, ils n’ont aucun effet nocif avéré sur la santé humaine et animale, ni aucun effet inacceptable sur l’environnement ».
> Lire aussi :   En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe
Pourtant il y a urgence ! Premières victimes des pesticides, particulièrement des insecticides néonicotinoïdes, les abeilles sont menacées d’extinction en Europe. Le taux de mortalité atteint jusqu’à 80 % dans certaines ruches d’Europe.
La chute inquiétante des populations de pollinisateurs a du reste amené la même Commission européenne à émettre en 2013 un moratoire de deux ans sur trois néonicotinoïdes (insecticides agissant sur le système nerveux des abeilles) et proposer en juin leur interdiction : la clothianidine, le thiamethoxame et l’imidaclopride.
> Lire aussi :   Les pesticides triplent la mortalité des abeilles sauvages
Ces substances sont commercialisées par l’allemand Bayer et le suisse Syngenta, cette fameuse multinationale de l’agrochimie qui a échappé à toute sanction judiciaire demandée par l’Union nationale des apiculteurs français au tribunal correctionnel de Paris le 14 décembre 2016.
Il manque 13 millions de ruches en Europe
Le « syndrome d’effondrement des colonies » observé depuis les années 1990 a des impacts sur le secteur apicole mais plus largement sur l’ensemble de la biodiversité. Indispensables pour l’agriculture, les abeilles pollinisent 84 % des cultures européennes et 4 000 variétés de végétaux. En Chine, l’usage intensif des pesticides a entraîné la quasi-disparition des abeilles et les paysans secouent les arbres fruitiers pour tenter de reproduire de manière artificielle ce que la nature n’est plus capable de faire.
Si nous n’y prenons garde, l’Europe risque de devoir rapidement en arriver aux mêmes extrémités, entraînant un surcoût pour les agriculteurs, déjà fragilisés économiquement. Il manque actuellement 13 millions de ruches en Europe pour favoriser la pollinisation.
Le repeuplement de l’abeille est essentiel pour l’avenir de notre agriculture. Plutôt que de tergiverser sur les pesticides, comme il le fait actuellement, le gouvernement français ferait mieux d’intervenir à Bruxelles pour faire interdire totalement les néonicotinoïdes en Europe, exiger une stricte application du règlement européen 1107/2009 en matière d’homologation des produits phytosanitaires et combler le vide juridique pour pouvoirfaire condamner les multinationales de l’agrochimie, coresponsables du dépeuplement de l’abeille.
Mais nous devons aller plus loin !


Des moyens supplémentaires pour la recherche
Il est essentiel de mettre en place une stratégie européenne qui permette d’éradiquer certains parasites, bactéries, microchampignons et prédateurs sans recourir à l’utilisation massive de pesticides. Cela passe par des moyens supplémentaires alloués à la recherche sur les causes possibles de la disparition des abeilles et les possibilités de développer des populations plus résistantes.
> Lire aussi :   « Mais où sont passés tous les insectes ? »
Il est par ailleurs essentiel de structurer la filière apicole en favorisant la professionnalisation des métiers de l’apiculture et de l’apidologie, notamment par une formation diplômante. Cela passe, enfin, par une politique de sensibilisation auprès des acteurs agricoles sur le rôle essentiel de l’abeille et les usages de précaution à développer.
Ne nous y trompons pas, le déclin des abeilles est symptomatique d’une vision à court terme et intensive de l’agriculture qui n’a que trop duré. A l’heure où le nouveau président de la République barguigne sur les questions environnementales et agricoles, et où le débat sur la future PAC post-2020 a commencé, nous appelons de nos vœux un changement de modèle agricole, favorisant la diversification des productions, limitant les intrants chimiques et par là même préservant les abeilles, la biodiversité et avec elles l’avenir de nos agriculteurs

 

 

Année catastrophique pour la production de miel en France, LeMonde.fr avec AFP, 19/10/19, 19h05


Après les pesticides, le manque de biodiversité ou le frelon asiatique, en 2017 ce sont les conditions climatiques qui ont été défavorables aux abeilles.
La production de miel en France sera « catastrophique » en 2017 avec une récolte « en dessous des 10 000 tonnes » a annoncé, jeudi 19 octobre, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF).
« Les gelées tardives, les périodes de canicule qui brûlent les fleurs, les périodes de vent du nord [ont été] défavorables aux abeilles », a déclaré Henri Clément, secrétaire général et porte-parole de l’UNAF, au cours d’une conférence de presse.
« Les apiculteurs ont énormément souffert de ces conditions météorologiques qui se sont ajoutées aux problèmes récurrents de l’apiculture française », comme les pesticides, a-t-il dit. « Il y a les pesticides, le manque de biodiversité, le frelon asiatique et aujourd’hui il y a le changement climatique », a renchéri Dominique Céna, secrétaire général adjoint de l’UNAF.
> Lire aussi :   Année catastrophique pour la production de miel en France
En 2016, avec 9 000 tonnes, la production de miel était passée en dessous des 10 000 tonnes de 2014, considérée jusque-là comme la pire année de l’apiculture française. La production de miel, qui a été divisée par trois en vingt ans, avait connu une embellie en 2015 avec une production estimée à entre 15 000 et 17 000 tonnes.

 

 

Les apiculteurs dénoncent l’autorisation d’un nouveau néonicotinoïde en France, Le Monde, maj le 20/10/17, 03h08

Stéphane Foucart et Martine Valo

Les récoltes de miel restent catastrophiques, les ruches se vident de leurs occupantes, et l’Anses donne son accord à une molécule « tueuse d’abeilles ».
Les apiculteurs français sont furieux. Alors que la récolte de miel de 2017 se révèle au moins aussi catastrophique que celle de 2016 – elle n’atteint pas 10 000 tonnes, soit au moins trois fois moins que dans les années 1990 –, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) a dénoncé, jeudi 19 octobre, l’autorisation de mise sur le marché par la France du sulfoxaflor. Ce nouvel insecticide, développé par la société Dow AgroSciences, est introduit sur le marché alors que les néonicotinoïdes, en voie d’interdiction en Europe, doivent être interdits en France par la loi de reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages dès 2018 – des dérogations demeurant possibles jusqu’en 2020.
Le problème, selon l’UNAF, est que le sulfoxaflor est aussi un néonicotinoïde – sans être classé comme tel par les industriels et les agences réglementaires en Europe. Il agit, en tout cas, comme les « néonics », en se fixant sur les mêmes récepteurs du système nerveux central.
En 2013, la Commission européenne avait décidé un moratoire interdisant trois des cinq néonics en usage. Celui-ci est toujours en vigueur et une suppression définitive de l’ensemble de cette famille en Europe est à l’étude. Alors pourquoi en autoriser un nouveau en France ? « C’est honteux, scandaleux, pitoyable et irresponsable vis-à-vis des générations futures, s’étrangle Gilles Lanio, le président de l’UNAF. Je n’en reviens toujours pas ! »


Une évaluation alarmante d’un déclin
L’affaire met le monde apicole d’autant plus en colère qu’elle survient alors que vient d’être publiée, dans la revue PLoS One, une évaluation alarmante du déclin des invertébrés : depuis 1989, les aires protégées allemandes ont perdu environ 80 % de leurs populations d’insectes volants. Un chiffre qui reflète très probablement la situation dans le reste de l’Europe. La cause la plus plausible identifiée par les chercheurs étant l’intensification du recours aux pesticides, dont les néonicotinoïdes utilisés en enrobage de semences.
> Lire aussi :   « Les abeilles sont menacées d’extinction en Europe »
Au niveau européen, le sulfoxaflor est autorisé depuis 2015. Et ce bien que l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ait pointé dans le dossier d’homologation transmis par Dow AgroSciences « des informations manquantes requises dans le cadre réglementaire » et n’exclue pas, pour certains usages, « un risque élevé pour les abeilles », ainsi qu’un « risque à long terme élevé pour les petits mammifères herbivores ».
« Le sulfoxaflor n’est pas un néonicotinoïde, soutient pour sa part Benoît Dattin, porte-parole de l’entreprise Dow AgroSciences en France. Il est autorisé dans quarante-trois pays, est utilisé sur des millions d’hectares et aucun impact négatif sur les abeilles ou les pollinisateurs n’a été signalé. »


« Autorisation à la légère »
En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a autorisé deux produits à base de sulfoxaflor en septembre. L’UNAF, qui entretenait depuis deux ans des échanges avec l’agence sur les alternatives aux néonicotinoïdes, l’accuse d’avoir autorisé « en catimini » la mise sur le marché du nouvel insecticide. « A chaque fois que nous avons posé la question à ce sujet, l’Anses nous a répondu qu’on verrait plus tard, qu’il y aurait une consultation du public, témoigne Gilles Lanio. Elle nous dit aujourd’hui qu’il y aura des conditions restrictives, qu’un dispositif de “phytovigilance” sera mis en place… » L’UNAF, qui dit ne pas avoir été consultée, en doute.
« C’est toujours le même double discours politique. J’ai l’impression de revivre ce que nous avons déjà connu il y a vingt-cinq ans, soupire Henri Clément, porte-parole de l’UNAF. On autorise un produit à la légère et après on tergiverse avant de le retirer, au bout de quinze ans. » A chaque fois, l’UNAF doit livrer de longues et coûteuses batailles devant la justice française, voire européenne. « Nous en sommes à 800 000 euros de frais », dit M. Clément.
Les apiculteurs professionnels et amateurs de l’UNAF ont fait part de leur désappointement à l’équipe du ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. « Ils ont eu l’air surpris, cette autorisation aurait été décidée dans leur dos », rapporte M. Lanio. Leur colère est aiguisée par l’arrivée probable d’un autre néonicotinoïde actuellement en phase d’étude : le flupyradifurone.
Selon les données collectées par l’UNAF, sur une surface agricole utile totale de 28 millions d’hectares de terres arables en France, au moins 6 millions d’hectares sont chaque année traités avec des insecticides néonicotinoïdes, généralement en enrobant les semences des cultures.
C’est à titre préventif que les agriculteurs ont recours à ces substances, pas en réaction à des attaques de tel ou tel ravageur. Or ces molécules sont extrêmement puissantes (un gramme d’imidaclopride par exemple tue autant d’abeilles que quatre kilos du produit insecticide DDT). Et les habitudes sont bien installées : 39 % des surfaces de céréales à paille (blé, orge) sont ainsi traitées avec ces puissants insecticides, 33 % des cultures de maïs, 99 % des betteraves et 100 % du colza. Or, la molécule de la clothianidine, un néonicotinoïde, peut par exemple persister dans les sols plus de trois ans. L’imidaclopride, lui, est parfois détectable dans les sols dix ans après son utilisation.

 

 

De plus en plus de miels frelatés dans les importations, Le Monde, 20/10/17, 12h22

Martine Valo

Des vendeurs peu scrupuleux, notamment en Asie, mélangent le produit des ruches avec des sirops sucrés.
Nous consommons de plus en plus de miel… et même plus que les abeilles n’en produisent. Selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), cette incohérence s’explique par une présence importante de miels frauduleux sur le marché, additionnés de sirops sucrés à base de riz, de betterave, de maïs, difficiles à détecter par des analyses.
Aussi l’UNAF demande-t-elle, avec l’association de consommateurs UFC Que Choisir, de nouvelles règles d’étiquetage. Toutes deux voudraient voir préciser les pays d’origine des miels vendus dans les supermarchés, pour « une information loyale et pertinente », comme c’est le cas en Italie notamment. En France, les miels mélangés importés – principalement de Chine, d’Ukraine, d’Argentine, de Hongrie, d’Espagne et d’Italie – représentent les trois quarts de la consommation.

En 2014, des tests commandés par l’UFC-Que Choisir avaient montré que, sur vingt miels « premier prix » achetés dans diverses enseignes de la grande distribution, six présentaient des ajouts de sucre. En 2015, une étude menée cette fois à l’initiative de la Commission européenne constatait qu’un miel sur trois n’était pas conforme..


10- Année catastrophique pour la production de miel en France, LeMonde.fr avec AFP, 19/10/19, 19h05


Après les pesticides, le manque de biodiversité ou le frelon asiatique, en 2017 ce sont les conditions climatiques qui ont été défavorables aux abeilles.
La production de miel en France sera « catastrophique » en 2017 avec une récolte « en dessous des 10 000 tonnes » a annoncé, jeudi 19 octobre, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF).
« Les gelées tardives, les périodes de canicule qui brûlent les fleurs, les périodes de vent du nord [ont été] défavorables aux abeilles », a déclaré Henri Clément, secrétaire général et porte-parole de l’UNAF, au cours d’une conférence de presse.
« Les apiculteurs ont énormément souffert de ces conditions météorologiques qui se sont ajoutées aux problèmes récurrents de l’apiculture française », comme les pesticides, a-t-il dit. « Il y a les pesticides, le manque de biodiversité, le frelon asiatique et aujourd’hui il y a le changement climatique », a renchéri Dominique Céna, secrétaire général adjoint de l’UNAF.
> Lire aussi :   Année catastrophique pour la production de miel en France
En 2016, avec 9 000 tonnes, la production de miel était passée en dessous des 10 000 tonnes de 2014, considérée jusque-là comme la pire année de l’apiculture française. La production de miel, qui a été divisée par trois en vingt ans, avait connu une embellie en 2015 avec une production estimée à entre 15 000 et 17 000 tonnes.