mťdaillon
Revue de presse de janvier 2020

1-¬†Face au changement climatique, des jardiniers et mara√ģchers¬†cultivent les semences paysannes, Reporterre, 13/12/19 Lor√®ne¬†Lavocat

2- Non-respect des règles d'épandage des pesticides : un riverain obtient gain de cause, Actu-environnement, 16/12/19 Dorothée Laperche

3- Au Sénégal, les baobabs ploient sous la pression des cimentiers, AFP, 18/12/19, 21:00 Anne-Sophie Faivre Le Cadre

4- Mexique : la révolte "écologique" des Indigènes de Cheran, AFP, 21/12/19, 09:00 Jennifer Gonzalez Covarrubias

5- Vingt ans après la tempête de 1999, la forêt face à une nouvelle catastrophe, AFP, 22/12/19, 09:00 Marie Julien

 

6- Le Kenya approuve pour la première fois une culture OGM, Le Monde, 22/12/19, 15h32 Marion Douet

 

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1-¬†Face au changement climatique, des jardiniers et mara√ģchers¬†cultivent les semences paysannes, Reporterre, 13/12/19 Lor√®ne¬†Lavocat

En un si√®cle, les trois quarts des vari√©t√©s de fruits et¬†l√©gumes ont disparu du fait de l‚Äôindustrialisation agricole. Heureusement, un¬†nombre croissant de personnes en France participent √† la pr√©servation et¬†√† la¬†diffusion de cette ¬ę biodiversit√© cultiv√©e ¬Ľ, un bien commun de¬†premier ordre √† l‚Äôheure du changement climatique.


Yves Giraud se rappelle encore avec √©motion sa d√©couverte de¬†l‚Äôoignon de Tarassac. ¬ę Je cultivais depuis quelques ann√©es un¬†fabuleux oignon, qu‚Äôun voisin qui le tenait de son p√®re m‚Äôavait donn√©, sans¬†savoir d‚Äôo√Ļ il venait ni comment il se nommait ¬Ľ, raconte cet ancien¬†mara√ģcher, habitant dans le Lod√©vois h√©raultais. √Ä force d‚Äôenqu√™te, il parvint¬†√† retrouver la trace de ce bulbe ancestral dans le petit¬†village de¬†Mons-la-Trivalle, dans le Haut-Languedoc, aupr√®s d‚Äôune vieille jardini√®re du¬†nom de Henriette. Et l√†, bingo ! ¬ę C‚Äô√©taient bien les m√™mes¬†oignons que les miens, les ‚Äúderniers‚ÄĚ oignons de¬†Tarassac,se¬†rem√©more-t-il. Avant, tout le monde en faisait, ils √©taient appr√©ci√©s pour¬†leur go√Ľt doux et leur bonne conservation. Puis, ils ont quasiment disparu, en¬†m√™me temps que les villages ont perdu¬†leurs habitants. ¬Ľ¬†
Nos campagnes sont truff√©es de ces histoires de graines¬†oubli√©es. En un si√®cle, les trois quarts des vari√©t√©s de fruits et l√©gumes ont¬†disparu, sacrifi√©es sur l‚Äôautel de l‚Äôindustrialisation agricole. Mais en¬†France, depuis une dizaine d‚Äôann√©es, un nombre croissant de citoyens comme Yves¬†Giraud s‚Äôactivent √† la pr√©servation et √† la diffusion de cette ¬ę biodiversit√©¬†cultiv√©e ¬Ľ. Collectifs de jardiniers et autres¬†maisons de la semence se¬†diffusent partout sur le territoire. ¬ę Il y a une vraie dynamique, constate¬†Val√©rie Abatzian, ancienne technicienne dans une entreprise semenci√®re, qui¬†accompagned√©sormais ces groupes de semeurs.¬†Les¬†gens viennent avec une conscience politique forte, contre le monopole des¬†firmes semenci√®res, mais aussi parce qu‚Äôils veulent manger des bonnes choses.¬†Les l√©gumes en supermarch√© sont sans go√Ľt, on ne¬†sait pas d‚Äôo√Ļ ils viennent.¬†C‚Äôest une d√©marche de r√©appropriation collective. ¬Ľ Pas question¬†cependant pour ces jardiniers de jouer les collectionneurs, pr√©cise Yves¬†Giraud : ¬ę Nous n‚Äôavons pas un but conservatoire¬†dans un sens¬†mus√©ographique, ce qui nous int√©resse, c‚Äôest que ces vari√©t√©s soient cultiv√©es. ¬Ľ

 

 

 

2- Non-respect des règles d'épandage des pesticides : un riverain obtient gain de cause, Actu-environnement, 16/12/19 Dorothée Laperche

Après une plainte déposée pour non-respect des règles d'épandage de pesticides, le riverain d'une exploitation arboricole a finalement obtenu gain de cause. La Cour de cassation a confirmé un jugement en sa faveur.
Le riverain avait en effet d√©nonc√© la d√©rive, du fait des¬†conditions climatiques, d'un produit √©pandu en 2012 par l'exploitant.¬†¬ę Le produit pulv√©ris√© √©tait du Merpan 80, pesticide,¬†class√© R 40 (suspect√©¬†canc√©rog√®ne), R 43 (sensible pour la peau)¬†et R 36 (irritant pour les yeux) ¬Ľ, pr√©cise l'association G√©n√©rations¬†futures qui a suivi l'affaire. ¬ę Il d√©rivait sur un rayon d'une¬†dizaine ou vingtaine de m√®tres,¬†au gr√© du vent, dont la force √©tait sup√©rieure¬†√† 19 km/h et, selon le site de m√©t√©o France, comprise entre 30¬†et 65 km/h, les gendarmes ayant pris des photos attestant de sa¬†d√©rive ¬Ľ.
L'arboriculteur a été condamné par le Tribunal correctionnel du Mans en avril 2017, puis par la Cour d'appel d'Angers, le 2 octobre 2018. L'arboriculteur avait alors formé un pourvoi en cassation de la décision.
¬ę Depuis que nous travaillons sur ce dossier des¬†riverains victimes des pesticides, et malgr√© les centaines de t√©moignages re√ßus¬†chaque ann√©e, nous avons de tr√®s grandes difficult√©s √†¬†faire valoir devant la justice¬†que les bonnes¬†pratiques d'√©pandages ne sont pas syst√©matiquement respect√©es, souvent au¬†b√©n√©fice du doute (les relev√©s m√©t√©os par exemple n'√©tant pas fait sur la¬†parcelle trait√©e), a soulign√© Nadine Lauverjat¬†en charge de la¬†campagne victimes des pesticides √† G√©n√©rations Futures. C'est donc¬†une grande victoire que la confirmation par la Cour de cassation de cette¬†r√®gle ¬Ľ.
Un¬†projet de d√©cret et un projet d'arr√™t√©, relatifs aux¬†mesures de protection des personnes lors de l'utilisation des produits¬†phytopharmaceutiques √† proximit√© des zones d'habitation, devraient par ailleurs¬†√™tre¬†bient√īt publi√©s.


 

 

3- Au Sénégal, les baobabs ploient sous la pression des cimentiers, AFP, 18/12/19, 21:00 Anne-Sophie Faivre Le Cadre

De Bandia, qui fut l'une des plus belles forêts de baobabs du Sénégal, il ne reste qu'un paysage mortifère de cratères abandonnés. Et les projets d'extension d'une cimenterie qui exploite le sous-sol depuis 20 ans font craindre aux populations locales une désolation plus grande encore.
La commune de Bandia et ses 10.000 habitants, répartis en plusieurs villages, bordent la forêt classée du même nom, à une heure de voiture de Dakar.
En 2002, une société sénégalaise, Les Ciments du Sahel, y a implanté sa cimenterie, qu'elle alimente en calcaire en exploitant une vingtaine de mines à ciel ouvert dans les environs.
Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, o√Ļ le secteur de la¬†construction est en pleine croissance, l'annonce dans la presse locale que¬†cette entreprise avait obtenu une licence d'exploitation de 236 hectares¬†suppl√©mentaires a suscit√© col√®re et inqui√©tude des habitants et des¬†associations de protection de l'environnement.¬†
Cette autorisation n'est pas définitive et les projets d'extension sont "en suspens", dit un responsable gouvernemental.
Mais pour les riverains de la forêt, le mal est déjà fait.


- Symbole de vie et de mort -
"Il y avait des manguiers, des eucalyptus, des acacias, des baobabs. Regardez, il n'y a plus une fleur, plus un animal. Ici, la nature ne pourra plus jamais reprendre ses droits", se désole Mame Cheikh Ngom, professeur de géographie à l'université de Dakar, en observant autour de lui l'un des rares baobabs encore debout. 
Selon lui, il ne reste plus de la forêt que 2.000 hectares, un cinquième de sa superficie originelle. Originaire du village, il pointe du doigt la béance désolée d'une ancienne carrière, des engins de construction rouillés et des abris de béton abandonnés aux lézards et aux serpents après le départ des industriels.
"Maintenant, les mamans disent aux petits de ne plus¬†jouer dans la for√™t, elles ont trop peur qu'ils se fassent √©craser", soupire¬†le professeur, avec en arri√®re-plan l'ombre fantomatique de la cimenterie,¬†flottant dans un nuage de poussi√®re d'o√Ļ √©merge un va-et-vient incessant de¬†poids lourds.
Arbre emblématique du Sénégal, le baobab associe des symboles forts, évoquant la vie et la mort: si ses feuilles servent à la confection de tisanes médicinales et ses fruits de remèdes pour les nouveau-nés, les anfractuosités de son large tronc ont longtemps fait office de linceul pour les griots.


- 'Lynchage médiatique' -
L'attribution d'hectares supplémentaires aux Ciments du Sahel serait un "désastre écologique", estime l'ONG Nebeday. En septembre, les habitants ont manifesté pour demander au président Macky Sall d'intervenir, rencontrant un large écho dans la presse.
Les dirigeants de la cimenterie dénoncent quant eux un "lynchage médiatique".
"L'activité industrielle est loin d'impacter négativement la vie des populations, le village étant situé à près de cinq kilomètres" de l'usine, ont-ils assuré dans un communiqué. Sollicitée par l'AFP, la direction n'a pas souhaité accorder d'interview.
Les déflagrations des explosifs dans les carrière font bel et bien trembler les murs des maisons, assurent les habitants. 
"A chaque mine qu'ils font exploser, nos murs se fissurent", explique Khady, une octogénaire drapée dans un voile blanc, en posant un regard éteint sur le mur éventré de sa chambre. Il lui arrive de se réveiller la nuit avec l'impression d'avoir échappé à une bombe, souffle-t-elle.
La poussière de calcaire omniprésente a aussi des conséquences pour la santé, affirme Mariama Diéne, infirmière au dispensaire du village. "On a constaté une augmentation terrifiante des cas de bronchite, pneumonie et tuberculose. Des bébés aux vieillards, personne n'est épargné", dit-elle. 
"Les carrières devaient protéger les populations en arrosant les routes pour empêcher la poussière de se lever, mais ils ne le font pas", constate l'infirmière.


- Economie et environnement -
"Il y a eu une étude d'impact environnemental et social réalisée par la direction de l'environnement qui a permis à l'entreprise de démarrer ses activités", se défend le ministre de l'Environnement, Abdou Karim Sall. 
Il souligne aussi que le gouvernement doit faire la part des choses entre la nécessité de protéger ses forêts et celle de poursuivre l'industrialisation du Sénégal, qui figure parmi les 25 pays les plus pauvres au monde.
Abdou Karim Sall relève que la cartographie des forêts classées remonte à l'époque coloniale et que "rien ne peut s'opposer" à une déclassification jugée nécessaire. Si c'est le cas, "on s'engage à reboiser dans d'autres parties du territoire", affirme le ministre de l'Environnement, en citant plusieurs projets récents de reboisement.
Les autorités auraient toutefois été prises de court par le rythme effréné de la production de ciment, les trois cimenteries qui dominent ce secteur clé tournant à plein régime, selon une source gouvernementale. "Les cimenteries écoulent même leur production à l'étranger", relève ce responsable.

 

 

4- Mexique : la révolte "écologique" des Indigènes de Cheran, AFP, 21/12/19, 09:00 Jennifer Gonzalez Covarrubias

Il y a encore dix ans, les for√™ts de Cheran, dans le¬†sud-ouest du Mexique, flambaient. Depuis la r√©volte de ses indig√®nes contre les¬†b√Ľcherons de m√®che avec les narcotrafiquants, elles renaissent.
Une lutte √† mort qui a permis aux troncs sectionn√©s puis¬†d√©lib√©r√©ment carbonis√©s par ces criminels de rena√ģtre de leurs cendres.
Mais depuis, les indigènes qui y vivent, se sont barricadés.
"Tout repousse, tout est reboisé. Cela nous a causé beaucoup de travail pour restaurer l'environnement", explique à l'AFP Luz Torres, une Indienne de 43 ans aux joues écarlates.
Depuis qu'elle a d√©pos√© les armes, elle se plie avec fiert√©¬†aux t√Ęches m√©nag√®res qu'elle alterne avec le jardinage bio sa collection de¬†plantes m√©dicinales.
Mais le large sourire s'efface lorsqu'elle évoque avec effroi les rondes des bandits armés de kalachnikovs, dans les rues de Cheran.
Jusqu'à ce matin du 15 avril 2011. Ce jour-là, elle s'en souvient, les cloches de l'église se mirent à sonner. C'était le signal de la révolte.
Tous les habitants furent sommés de barrer les accès de la ville aux narcos et à leurs acolytes.
"L'abattage des arbres a été dévastateur. Personne ne disait rien", raconte Luz.


- L'épée Purépecha -
Mais le pire, se souvient cette mère de trois enfants, "c'est lorsqu'ils nous ont dit qu'ils prendraient les femmes et s'installeraient dans nos maisons".
"C'était inconcevable", s'insurge sous couvert d'anonymat une autre membre de la communauté, porteur d'un calibre 9 mm.
C'est en 2008 que commence la destruction méthodique des forêts de Cheran.
A cette époque, les narcos ont intégré le vol de bois dans leur modèle économique.
Au début de la révolte, deux indigènes ont trouvé la mort dans des échanges de tirs avec les tueurs, puis six autres les années suivantes.
Depuis, les choses ont changé. Cheran s'est doté de son propre contingent de gardes forestiers. La plupart sont armés de fusils de calibre 7.62.
"Maintenant, nous sommes tous tranquilles", se félicite la femme au pistolet.
Huit ans après le début du soulèvement, les premiers résultats sont là : les indigènes ont réussi à reboiser plus de la moitié des 12.000 hectares de pins détruits par les gangs.
A Michoacan, des années auparavant, des groupes de narcos avaient provoqué une spirale de violence.
Les Indigènes ont vite compris qu'ils ne pouvaient rester les bras croisés.
Fort du mythe de l'épée Purépecha qui servit à défendre leur territoire, ils se sont organisés.
Car à Cheran, la police, l'armée et les politiciens sont invisibles.


- "D√©chets balanc√©s n'importe o√Ļ" -
Parmi les principes "écologiques" appliqués par la communauté indigène, figure en bonne place l'interdiction de cultiver des avocats, avides d'eau.
Pourtant très rentable, cette activité peut générer des millions de dollars de chiffre d'affaires annuel du fait de la demande forte des Etats-Unis et du Japon, notamment.
Mais ici, qui dit avocat dit trafic de drogue.
"Lorsque les bandits sont arriv√©s, ils coupaient les¬†arbres puis br√Ľlaient ce qui restait", se souvient Miguel Macias, 62 ans,¬†p√©pini√©riste.
"L'avocat, c'est tout le contraire du pin qui nous¬†donne de l'eau, de l'oxyg√®ne", ajoute-t-il. "Nous sommes d√©sormais¬†sur une pin√®de en forme d'√ģlot. C'est notre combat", mart√®le Macias.
La t√Ęche est d'autant plus difficile que Michoacan est l'un¬†des plus gros Etats producteurs d'avocats au Mexique.
"Le plus grave, c'est la modification de la nature des sols", met en garde Jaime Navia, directeur de l'organisation Gira chargée du développement rural.
Samuel Martinez passe sa main sur son front dégoulinant. Il vient de finir une harassante journée à l'usine locale de tri des déchets. Mais dans ce cas précis, "usine" est sans doute un grand mot.
L'équipement est rudimentaire : des protections limitées, un seul grand tamis rouillé et à moitié cassé pour filtrer les ordures et fabriquer du compost, sans oublier des salaires de misère.
Pourtant Martinez se sent honor√© du r√īle qu'il tient dans sa¬†communaut√© qui a vot√© en faveur d'une politique de "z√©ro d√©chets"¬†dans les rues.
"Je suis fier parce qu'il y a d'autres communaut√©s o√Ļ¬†des d√©chets sont balanc√©s n'importe o√Ļ", dit-il.

 

 


5- Vingt ans après la tempête de 1999, la forêt face à une nouvelle catastrophe, AFP, 22/12/19, 09:00 Marie Julien

"Ce n'est pas la même qu'avant, mais c'est de nouveau une forêt". Une forêt de petits arbres. Vingt ans après les dévastatrices tempêtes de 1999, ils ont reconquis les zones détruites, mais doivent désormais affronter la catastrophe silencieuse du réchauffement climatique.
Dans la forêt communale de Weitbruch (Bas-Rhin), la souche d'un pin sylvestre fauché par les vents, le 26 décembre 1999, jouxte encore l'un de ses rares acolytes à être restés pointés vers le ciel déchiré par la tempête Lothar.
Les deux tiers des 600 hectares de cette forêt de plaine ont été ravagés par la "tempête du siècle".
"En deux heures de temps... C'était dramatique", se souvient Pierre Geldreich, aujourd'hui directeur de l'agence travaux Rhin Vosges de l'Office national des forêts (ONF) qui évoque même la "tempête du millénaire", un "traumatisme terrible" pour les forestiers de l'époque.
La Lorraine toute proche fut la plus touchée. Les deux jours suivants, l'Aquitaine, surtout, prenait de plein fouet la tempête Martin. En tout, 140 millions de m3 de bois ont été détruits en France, selon l'ONF, l'équivalent de plus de trois années de récolte. Au moins 25 années de récolte pour la forêt de Weitbruch.


- Horreur du vide -
Plut√īt que de d√©broussailler au plus vite et de replanter¬†imm√©diatement, l'office gestionnaire des for√™ts publiques avait fait le choix¬†in√©dit de privil√©gier la "r√©g√©n√©ration naturelle".
Avec un mot d'ordre : "attendre et observer cinq à dix ans", explique Pierre Geldreich, puis "accompagner" le développement d'une forêt moins dense et plus variée en espèces. "Il y a une dynamique naturelle, la nature a horreur du vide."
Dans la forêt de Weitbruch, un hêtre centenaire fracturé en son milieu en 1999 est toujours là, devenu un refuge pour de petits animaux de toutes sortes.
Les trouées désolantes des lendemains de la tempête sont difficilement décelables : les bouleaux -- une espèce qualifiée de "pionnière" - ont pris possession des lieux. Sous leur protection, grandissent de premiers hêtres tout jeunes. "Dans un siècle, vous aurez une hêtraie comme avant et elle s'est installée toute seule", constate avec satisfaction Pierre Geldreich.
"Cela a beaucoup changé notre forêt", remarque Jean-Claude Krebs, adjoint au maire de Weitbruch. "Les stigmates sont encore là, car à l'échelle de la forêt, vingt ans ce n'est rien".
D√©l√©gu√© g√©n√©ral de la F√©d√©ration nationale du bois, Nicolas¬†Douzain-Didier compare l'impact d'une temp√™te majeure √† celui d'une guerre¬†provoquant "une rupture dans la pyramide des √Ęges".
En Alsace, la faune, en revanche, a r√©sist√©. Pressentant¬†l'arriv√©e de la temp√™te, les animaux s'√©taient mis √† l'abri et, une fois les¬†vents retomb√©s, le fouillis d'arbres enchev√™tr√©s et le gain de lumi√®re a plut√īt¬†constitu√© un terrain de jeu propice aux chevreuils et autres gibiers.
"C'était une catastrophe psychologique, économique mais pas écologique", résume Pierre Geldreich.


- Sécheresse et scolytes-
Pour les finances de Weitbruch, la catastrophe est cependant¬†toujours bien pr√©sente. Avant 1999, la commune de presque 3.000 habitants¬†exploitait 2.500 m3 en moyenne par an. La temp√™te a fait 92.000¬†m3 de d√©g√Ęts,¬†dont la moiti√© de bois potentiellement commercialisable, mais sur un march√©¬†satur√© o√Ļ les prix se sont effondr√©s. Vingt ans plus tard, la commune n'exploite¬†plus qu'environ 400 m3 par an.
"Nous équilibrons difficilement les comptes depuis la tempête", d'autant qu'"on se retrouve avec d'autres soucis : le réchauffement climatique, les scolytes...", explique Jean-Claude Krebs. 
Les deux dernières années de sécheresse ont fragilisé la forêt. Les scolytes, un insecte tueur d'arbres, pullulent.
"C'est moins visible car cela ne vient pas du jour au lendemain comme une tempête, mais c'est exactement le même phénomène et peut-être avec les mêmes quantités" de bois détruits, estime Pierre Grandadam maire de Plaine (Bas-Rhin) et vice-président de la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR). 
"Il y a vingt ans, on ne pensait pas au réchauffement climatique" mais aujourd'hui, "on a encore plus d'incertitudes sur le devenir de la forêt."


Sur le même sujet :
> Entretien. La temp√™te de 1999, "une rupture dans la¬†pyramide des √Ęges" de la for√™t, AFP, 22/12/19, 09:00 Propos recueillis par Nicolas Gubert
Vingt ans après la tempête de 1999, qui avait mis à terre tout un pan de la forêt française et notamment un million d'hectares dans l'Est, les industriels du bois craignent des manques importants de matière première dans les années à venir.
Des essences vedettes comme l'épicéa et le pin maritime seraient particulièrement concernées et pour éviter que ne se reproduise ce type de problème, Nicolas Douzain-Didier, délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB), appelle le gouvernement à faire davantage d'efforts dans le renouvellement des forêts.
Question : La tempête de 1999 a-t-elle encore aujourd'hui des conséquences sur la bonne santé des forêts françaises ?
R√©ponse : "Il y a une classe d'√Ęge qui a disparu de la¬†pyramide des √Ęges des arbres. La r√©g√©n√©ration des surfaces atteintes n'est pas¬†compl√®te. Pour deux raisons : la premi√®re, c'est les d√©g√Ęts de gibier et la¬†deuxi√®me, il n'y a pas eu assez de plantations et il y a des r√©g√©n√©rations¬†naturelles qui ont mal fonctionn√© et qui ne donnent pas grand-chose √† la¬†sortie".
Q : Quelles sont les principales essences touchées ?
R : "Dans le Grand Est, on parle plut√īt du r√©sineux,¬†mais pas que, il y a aussi le ch√™ne. Tout √ßa fait qu'on a perdu du potentiel de¬†production, de l'ordre de 20%. Pour l'√©pic√©a, on va avoir un trou dans le¬†disponible pour les scieries √† l'horizon 2030/2035 (...) Nombre d'arbres qui¬†devaient arriver √† maturit√©, entre 60 et 80 ans, en 2030/2035 ne seront pas l√†¬†pour √™tre exploit√©s, c'est principalement l√† qu'il y¬†a un trou qui est √† attendre.¬†Le pin maritime, dans les Landes, conna√ģtra le m√™me type de probl√®me dans les¬†cinq ans qui viennent".
Q : Faut-il s'attendre à des faillites dans l'industrie du bois ?
R : "Je n'en sais rien, mais quand vous êtes industriel, vous raisonnez à moyen et long terme, donc, forcément, ça a des incidences sur l'investissement dans la filière. C'est pour ça qu'on est aussi soucieux que le gouvernement prenne acte de la crise actuelle des scolytes (des coléoptères qui profitent de la sécheresse pour creuser des galeries sous l'écorce des arbres, empêchant la sève de circuler, NDLR) dans l'Est. Non pas pour faire du misérabilisme, mais pour être responsable et reconstituer à l'identique la ressource, au minimum. On ne va pas laisser des paysages de désolation, sans reconstitution, parce qu'on n'aura pas été capable, collectivement, de trouver l'argent pour planter ces surfaces !"

 

 

 

6- Le Kenya approuve pour la première fois une culture OGM, Le Monde, 22/12/19, 15h32

Marion Douet  

Le pays, qui interdisait jusqu’ici les OGM, a décidé d’autoriser le coton transgénique. Il rejoint ainsi la poignée d’Etats africains commercialisant ces cultures. 
L‚Äôannonce a √©t√© faite jeudi 19 d√©cembre au milieu d‚Äôun¬†communiqu√© laconique qui traitait, entre autres affaires urgentes, de l‚Äôattribution¬†de nouveaux noms √† certains jours f√©ri√©s : le Kenya a d√©cid√©¬†d‚Äôautoriser¬†la commercialisation du coton g√©n√©tiquement modifi√©. ¬ę La culture¬†commerciale du coton BT [une vari√©t√© OGM cr√©√©e par la firme am√©ricaine¬†Monsanto] doit permettre aux fermiers¬†d‚Äôobtenir de meilleurs revenus gr√Ęce¬†√† une augmentation de la production ¬Ľ,¬†explique¬†sobrement la pr√©sidence. A la veille de vacances de No√ęl qui voient¬†traditionnellement Nairobi, la capitale, se vider de sa population, la d√©cision¬†est presque¬†pass√©e inaper√ßue.
Il s‚Äôagit pourtant d‚Äôun tournant politique et √©cologique¬†majeur. Les organismes g√©n√©tiquement modifi√©s (OGM) √©taient interdits au Kenya¬†depuis 2012. Le pays, qui semblait plut√īt ouvert aux cultures¬†transg√©niques (il s‚Äô√©tait notamment dot√© d‚Äôune loi de bios√©curit√©¬†en 2009), avait pris peur √† la suite de l‚Äô√©tude du biologiste fran√ßais¬†Gilles-Eric S√©ralini √©tablissant des risques accrus de mortalit√© chez¬†des rats¬†nourris au ma√Įs OGM. Nairobi avait interdit toute importation de produit¬†transg√©nique, qu‚Äôil s‚Äôagisse de denr√©es ou de semences destin√©es √† la¬†production. Seule la recherche, tr√®s encadr√©e, avait¬†pu continuer.

Depuis, une bataille tenace opposait partisans et¬†d√©tracteurs des OGM, au sein du gouvernement comme de la soci√©t√© civile.¬†En mars, la Fondation africaine pour l‚Äôagriculture technologique (AATF), une¬†organisation pro-OGM install√©e √† Nairobi, pressait dans une tribune l‚Äôex√©cutif¬†de lever son interdiction. En mai, l‚ÄôAgence nationale de bios√©curit√©,¬†l‚Äôautorit√© publique comp√©tente, allait dans le m√™me¬†sens, arguant que l‚Äô√©tude¬†S√©ralini avait a posteriori √©t√© ¬ę largement discr√©dit√©e ¬Ľ par¬†l‚ÄôUnion europ√©enne (en l‚Äôoccurrence par l‚ÄôAutorit√© europ√©enne de s√©curit√© des¬†aliments).
En octobre, conscient de ¬ę tractations en¬†coulisse ¬Ľ, Greenpeace appelait au contraire le gouvernement √† maintenir¬†l‚Äôinterdiction afin d‚Äôemp√™cher ¬ę une prise de contr√īle du syst√®me¬†alimentaire par les¬†entreprises ¬Ľ. Selon nos informations, le minist√®re de¬†la sant√© s‚Äôopposait √† celui de l‚Äôagriculture.

 

 

 

‚ÄúJ‚Äôai lu quelque part que cet arbre est une des esp√®ces qui¬†diffuse le plus d‚Äôoxyg√®ne‚ÄĚ explique un jeune volontaire √†¬†Associated¬†Press, fier du ficus qu‚Äôil vient tout juste de planter¬†dans la¬†for√™t de la r√©serve Kukrail.
‚ÄúIl y a tellement de pollution en ville que nous avons¬†besoin des arbres pour produire de l‚Äôoxyg√®ne‚ÄĚ
Pour Akhilesh Yadav, ministre en chef d‚ÄôUttar Pradesh,¬†planter autant d‚Äôarbres encouragera la prise de conscience de l‚Äôimportance du¬†reboisement des for√™ts, et la¬†n√©cessit√© de conserver et prot√©ger¬†l‚Äôenvironnement. ‚ÄúDe s√©rieux efforts sont primordiaux pour r√©duire les¬†√©missions de carbone et limiter les effets du changement¬†climatique,‚ÄĚ a-t-il¬†√©galement d√©clar√©. ‚ÄúUttar Pradesh a fait un premier pas dans cette d√©marche.‚ÄĚ
Les gouverneurs des 29 √Čtats de l‚ÄôInde sont vivement¬†encourag√©s √† lancer des op√©rations de reforestation, pour augmenter le nombre¬†d‚Äôarbres dans tout le pays. Ces¬†actions environnementales font partie des¬†engagements pris par le gouvernement Indien, lors de la COP 21 qui a eu lieu √†¬†Paris, entre novembre et d√©cembre 2015.
L‚Äô√Čtat a mis de c√īt√© pr√®s de 6,2 milliards de dollars (soit¬†environ 5,6 milliards d‚Äôeuros) pour des initiatives similaires, et¬†esp√®re honorer sa promesse, qui consiste √†¬†replanter l‚Äô√©quivalent de 95¬†millions d‚Äôhectares de for√™t d‚Äôici 2030. Des gardes-chasse √† la¬†retraite seront charg√©s de surveiller les r√©gions o√Ļ les arbres ont √©t√©¬†plant√©s, afin¬†d‚Äôobserver et de contr√īler la bonne croissance des jeunes plants.¬†Seuls 60% d‚Äôentre eux sont destin√©s √† pousser correctement.

 

 

4- La "m√©moire" de la glace du Mont-Blanc bient√īt¬†conserv√©e en Antarctique, AFP, 12/07/16, 12:00
Antoine Agasse


Stocker des √©chantillons de glaciers en Antarctique: l'id√©e¬†peut para√ģtre saugrenue. C'est pourtant l'objectif d'une √©quipe de chercheurs¬†qui va se rendre en ao√Ľt sur le¬†Mont-Blanc pour y pr√©lever de la glace menac√©e¬†par le r√©chauffement climatique.
"Ce n'est pas pour le plaisir de garder quelques¬†gla√ßons. La glace est un puits d'information", explique √† l'AFP J√©r√īme¬†Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire¬†de Glaciologie et G√©ophysique¬†de l'Environnement (LLGE) √† Grenoble.
Au total, une douzaine de glaciologues fran√ßais, italiens et¬†russes vont passer plusieurs jours √† 4.300 m√®tres d'altitude, au col du D√īme,¬†pour forer trois carottes de glace de¬†140 m√®tres de long.
Ces "échantillons" de plusieurs tonnes seront conditionnés dans des caisses isolantes puis une des carottes sera analysée au laboratoire de Grenoble pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à l'horizon 2019 ou 2020.
Une opération de carottage est également programmée au printemps 2017 sur le glacier de l'Illimani, à 6.300 mètres d'altitude, en Bolivie, dans des conditions nettement plus difficiles.
Objectif : conserver pour des siècles la "mémoire de la glace", une "matière première" extrêmement précieuse pour les scientifiques.


- Recherche sur les virus -
En se formant sous l'effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d'air et des impuretés, témoins - en profondeur - de l'atmosphère d'il y a plusieurs dizaines ou milliers d'années.
C'est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre. Sur les glaciers du Mont-Blanc, les chercheurs peuvent étudier l'évolution de la pollution ou de l'activité industrielle au niveau européen sur une centaine d'années.
"On a ainsi un joli pic de c√©sium 137 en avril¬†1986" apr√®s la catastrophe de Tchernobyl, sourit J√©r√īme Chappellaz.
Et au regard de l'évolution très rapide des technologies, "on est incapables de dire ce qu'on sera capables de faire scientifiquement dans 50 ans ou 100 ans", souligne-t-il: "Qu'est-ce qu'on pourra mesurer? Pour en tirer quoi comme information liée à l'environnement, au climat ou à la biologie ?"
Le chercheur cite notamment les recherches sur les mutations de virus ou de bactéries, piégés dans la glace, comme piste de travail possible.
Mais les glaciers √©voluent - fondent - tout aussi¬†rapidement, √† tel point que ceux qui culminent √† moins de 3.500 m√®tres¬†devraient dispara√ģtre avant la fin du si√®cle dans les¬†Alpes. Dans les Andes, le¬†glacier de Chacaltaya (Bolivie), qui culminait √† 5.300 m√®tres, a disparu d√®s¬†2009.
"Cette ann√©e, il y a eu de la fonte √† 6.000 m√®tres sur¬†l'Illimani avec le ph√©nom√®ne climatique El Ni√Īo", souligne Patrick Ginot,¬†ing√©nieur de recherche √† l'Institut de¬†recherche pour le d√©veloppement (IRD) et¬†un des initiateurs du projet.
Dans 50 ans, "on aura sans doute les outils pour¬†analyser mais on n'aura peut-√™tre plus les carottes de glace", pointe¬†J√©r√īme Chappellaz.


- "Congélateur naturel" -
Dans les dix ans qui viennent, les glaciologues esp√®rent donc¬†effectuer une vingtaine de carottages sur des sites r√©partis sur tous les¬†continents. L'ensemble des carottes¬†seront conserv√©es dans une cave de neige √†¬†Concordia, "un cong√©lateur naturel √† -50¬įC", √† l'abri des pannes¬†√©lectriques ou des attentats.
Le projet, qui s'inscrit dans un programme de l'Unesco, est notamment soutenu par le CNRS, l'Université Ca’Foscari de Venise et l'Université Grenoble Alpes (UGA).
Mais faute de retombées immédiates en termes de recherche, les financeurs traditionnels n'ont pas pu être sollicités. La fondation UGA a donc fait appel au mécénat privé pour trouver les quelque deux millions d'euros nécessaires sur cinq ans.