mťdaillon
Revue de presse de novembre 2019

1- Espagne : 2.000 brebis défilent à Madrid pour la transhumance, AFP, 20/10/19, 17:00

2- Le pirarucu, poisson géant d'Amazonie prisé par les gastronomes, AFP, 22/10/19, 07:00. Maira Renou

3- Abeilles et pesticides : le Parlement européen recadre la Commission, Le Monde, maj le 24/10/19 à 06h34. Stéphane Foucart

4- Le no man's land devenu √©crin de verdure : √† Nairobi, la for√™t de Karura rena√ģt, AFP, 24/10/19, 16:00. Nick Perry

5- Les sangliers, pomme de discorde entre agriculteurs et chasseurs, AFP, 20/10/19, 08:00. Laure Fillon

6- Transition écologique : certains agriculteurs mettent en place leurs propres labels, France 2, journal de 13h, 24/1019

 

***********

 

 

1- Espagne : 2.000 brebis défilent à Madrid pour la transhumance, AFP, 20/10/19, 17:00


Quelque 2.000 brebis accompagnées par des bergers ont envahi dimanche les rues de Madrid à l'occasion de la fête de la transhumance, conformément à une ancienne tradition aujourd'hui menacée par une urbanisation croissante.
Des touristes et des habitants se sont massés sur le parcours pour assister au défilé des moutons bêlants qui est passé, dans un concert de grelots, sur les lieux les plus emblématiques de la capitale espagnole, coupant la circulation.
Le troupeau était accompagné par des musiciens et des danseurs en costume régional, tenue portée par les éleveurs et bergers depuis des siècles.
Les bergers se sont arr√™t√©s √† l'H√ītel de ville o√Ļ leur chef¬†a remis aux autorit√©s locales 50 marav√©dis, ancienne monnaie de cuivre frapp√©e¬†pour la premi√®re fois au XI√®me si√®cle, pour payer le passage.
La parade a entam√© son parcours √† la Casa de Campo, ancienne¬†r√©serve de chasse royale devenue le plus grand parc de Madrid, avant de¬†poursuivre vers la place de la Puerta del Sol, en plein cŇďur de¬†la capitale, et¬†de passer devant le si√®ge de la Banque d'Espagne. Le d√©fil√© s'est achev√© √†¬†l'H√ītel de ville.
Chaque ann√©e depuis 1994 les √©leveurs font d√©filer leurs¬†brebis √† Madrid en empruntant un itin√©raire qui traversait autrefois des zones¬†pr√©serv√©es de prairies et de for√™ts pour rejoindre les p√Ęturages¬†d'hiver situ√©s¬†dans le sud de l'Espagne.



2- Le pirarucu, poisson géant d'Amazonie prisé par les gastronomes, AFP, 22/10/19, 07:00. Maira Renou

Sa chair blanche est tendre et savoureuse, il peut mesurer trois mètres et peser plus de 200 kg: le pirarucu, poisson géant d'Amazonie auparavant menacé d'extinction, est servi aujourd'hui dans de grands restaurants de Rio de Janeiro.
Le chef Marcelo Barcellos l'utilise dans sa moqueca, un ragout de poisson baignant dans l'huile de palme et agrémenté de coriandre, l'un des plats emblématiques de la gastronomie locale, originaire de Bahia (nord-est).
Servi avec de la farine de manioc et des noix elles aussi venues tout droit d'Amazonie, ce plat est un pur plaisir pour le palais et pour les yeux, avec le contraste entre la chair blanche du pirarucu, le jaune de la farine et le vert de la coriandre.
Sa saveur s'apparente à celle de poissons de mer comme le lieu jaune.
Marcelo Barcellos, du restaurant Barsa, est enchanté de servir désormais le poisson géant à son menu, car il peut être accommodé à toutes les sauces, sa chair délicate résistant à toutes les températures de cuisson. 
Et pourtant, avant d'arriver sur les tables des restos chics de Rio, le pirarucu, de son nom scientifique Arapaima gigas -- aussi appelé "morue d'Amazonie" -- a bien failli être rayé de la carte. 
Ce poisson g√©ant √† t√™te plate et √† la queue √©carlate a √©t√©¬†sauv√© de l'extinction gr√Ęce √† la mise en place dans une r√©serve naturelle d'un¬†programme de p√™che durable avec des quotas stricts, autoris√©e uniquement de¬†juillet √† novembre, en dehors de la p√©riode de reproduction.
Ce programme a été mis en place il y a vingt ans en mêlant méthodologie scientifique de l'Institut de développement durable Mamiraua et savoirs traditionnels des tribus indigènes de la région.
Mais il fallait encore faire conna√ģtre le Pirarucu des¬†grands noms de la gastronomie, chose faite gr√Ęce au projet "Gosto da¬†Amazonia" (Go√Ľt de l'Amazonie).


- "Poisson d'excellence" -
Neuf chefs de Rio, dont deux Français, se sont rendus récemment dans le nord du Brésil pour observer le fonctionnement de la pêche durable pratiquée par les indigènes de la tribu Paumari.
Frédéric Monnier, originaire d'Angers (est de la France), considère que le pirarucu gagne à être connu pour mettre en valeur le travail de préservation des communautés autochtones. "Sans eux, il ne resterait plus rien", affirme le chef de la Brasserie Rosario.
"Ce qu'ils font pour l'Amazonie n'a pas de prix", renchérit Jéssica Trindade, chef brésilienne du restaurant Chez Claude, appartenant au Français Claude Troigros, descendant de la célèbre famille roannaise (centre-est de la France) et installé à Rio depuis 40 ans.
"Et en plus, c'est un excellent produit, avec une¬†grande saveur, sans le go√Ľt de terre caract√©ristique de certains poissons d'eau¬†douce", d√©crit-elle.¬†
Au contact des indigènes, ils ont identifié les parties les plus nobles du poisson, qui ont fini par atterrir dans les assiettes de leurs clients.
Pour Ricardo Lapeyre, chef du Laguiole Lab, l'expérience à dépassé toutes les attentes. 
Il pensait se rendre en Amazonie uniquement pour faire une analyse technique de la chair du poisson et ramener de nouveaux ingrédients, mais il a fini par adopter le pirarucu. 
"C'est un poisson d'excellence, d'une qualité largement supérieure à ce qui vient de la pisciculture", dit-il.
"Je me suis rendu compte de l'importance de la forêt et du soutien apporté à des projets qui défendent les populations locales", poursuit le chef carioca.


- Préservation -
"J'ai été surpris par l'engagement des chefs, leur compréhension des bienfaits de ce poisson pour l'Amazonie et de la nécessité de rémunérer de façon juste les pêcheurs", explique Adevaldo Dias, un des responsables de l'Asproc, coopérative qui gère la pêche durable du pirarucu.
Pour Leonardo Kurihara, coordinateur de l'Op√©ration Amazonia¬†Nativa (OPAN), qui chapeaute le projet, "le chef a une responsabilit√©¬†importante parce qu'il se trouve √† l'autre bout de la cha√ģne, c'est lui qui¬†pr√©sente le produit au consommateur".¬†
"Cela permet d'ouvrir de nouveaux marchés pour ce produit issu d'une pêche durable, qui aide à préserver l'environnement et à renforcer l'autonomie et l'affirmation de l'identité des communautés traditionnelles", dit Felipe Rossoni, spécialiste des peuples indigènes à l'OPAN.
Le système de gestion durable de la pêche du pirarucu a été mis en place il y a 20 ans. 
Depuis, la population de ces poissons géants est passée de 2.507 spécimens en 1999 à 190.523 l'an dernier.
Gr√Ęce √† la coop√©rative Asproc, les p√™cheurs sont r√©mun√©r√©s 7¬†r√©ais (environ 1,5 euro) le kilo de pirarucu, contre seulement 4 r√©ais (90¬†centimes d'euros) dans les march√©s locaux.
Mais les restaurateurs doivent d√©bourser en moyenne 48 r√©ais¬†(10,5 euros) le kilo en raison des co√Ľts de transports, pour un plat vendu 70¬†r√©ais (15 euros).



3- Abeilles et pesticides : le Parlement européen recadre la Commission, Le Monde, maj le 24/10/19 à 06h34. Stéphane Foucart

Les eurodéputés ont voté à une écrasante majorité une objection demandant à la Commission européenne de revoir sa copie sur l’évaluation des risques environnementaux présentés par les produits phytosanitaires. 
Sur la question √©pineuse de la pr√©servation des abeilles et¬†des pollinisateurs, la Commission europ√©enne et les Etats membres doivent¬†revoir leur copie : celle-ci ne ¬ę correspond pas¬†aux √©volutions les plus¬†r√©centes des connaissances scientifiques et¬†techniques ¬Ľ.
Mercredi 23 octobre, le Parlement européen a adopté à une écrasante majorité (533 pour, 67 contre et 100 abstentions) une objection à la réforme des principes d’évaluation des risques environnementaux que présentent les produits phytosanitaires. Celle-ci avait été adoptée cet été en comité technique par les Etats membres, sur proposition de Bruxelles.
Cette r√©forme ignorait l‚Äôessentiel des recommandations de¬†l‚Äôagence officielle d‚Äôexpertise de l‚ÄôUnion europ√©enne (UE) ‚Äď l‚ÄôAutorit√©¬†europ√©enne de s√©curit√© des aliments (EFSA) ‚Äď qui demande, depuis 2013, un¬†renforcement drastique des conditions r√©glementaires de mesure des risques que¬†les pesticides font peser sur les abeilles domestiques et les insectes¬†pollinisateurs.


¬ę Pas de l√©gislation au rabais ¬Ľ
¬ę En nous opposant √† des crit√®res d‚Äô√©valuation bien¬†trop faibles relatifs √† la dangerosit√© des pesticides pour les abeilles, nous¬†avons voulu poser une question simple : sommes-nous s√©rieux √† propos de la¬†protection de l‚Äôenvironnement ? Sommes-nous s√©rieux √† propos de la¬†protection du vivant ? Sommes-nous s√©rieux avec le Green Deal ?, a¬†d√©clar√© l‚Äôeurod√©put√© fran√ßais Pascal Canfin (Renew Europe),¬†pr√©sident de la¬†commission environnement du Parlement, √† l‚Äôorigine de la motion. Le¬†r√©sultat est tr√®s clair : nous ne voulons pas d‚Äôune l√©gislation au rabais¬†pour la protection des abeilles. Nous demandons √† la¬†Commission de revoir sa¬†copie, et de nous pr√©senter une l√©gislation qui √©carte les pesticides les plus¬†dangereux pour les pollinisateurs. ¬Ľ


Pour comprendre, il faut savoir que les tests r√©glementaires¬†destin√©s √† √©valuer les risques des pesticides sur les abeilles ‚Äď tests¬†pr√©alables √† leur autorisation ‚Äď sont fortement critiqu√©s par la communaut√©¬†scientifique comp√©tente depuis le d√©but des ann√©es 2000.
En 2012, l’EFSA a fait plancher un groupe de chercheurs académiques sur le sujet. Leur avis, publié en mai 2012, était accablant : pas de tests de toxicité chronique sur l’abeille domestique, ni sur les individus adultes, ni sur les larves, pas de prise en compte des modes d’exposition au pesticide autres que le pollen et le nectar (poussières de semis, eau de guttation des plantes), aucun test exigé sur d’autres espèces pollinisatrices importantes (bourdons, abeilles solitaires), non prise en compte des effets des mélanges avec d’autres produits, non prise en compte d’effets synergiques avec les pathogènes communs de l’abeille, tests en plein champ n’évaluant l’effet d’un traitement pesticide que sur un dix-millième de la superficie visitée par une butineuse, etc.
En 2013, l’EFSA a donc établi un document-guide destiné à combler ces lacunes, proposant de nouveaux principes d’évaluation du risque. A une trentaine de reprises, entre 2013 et l’été 2019, cette réforme a été mise à l’ordre du jour des réunions du comité technique européen ad hoc (le Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed, ou Scopaff). Mais la Commission européenne s’est systématiquement heurtée à une majorité d’Etats membres peu désireux d’adopter des méthodes plus strictes d’évaluation du risque.



¬ę Immense soulagement ¬Ľ
En juillet, de guerre lasse, Bruxelles a finalement propos√©¬†une refonte partielle des principes d‚Äô√©valuation, n‚Äôincluant que l‚Äôestimation¬†de la toxicit√© aigu√ę et renvoyant √† plus tard l‚Äôadoption des autres¬†crit√®res :¬†la Commission europ√©enne a ainsi demand√© √† l‚ÄôEFSA de ¬ę r√©viser ¬Ľ ses¬†propositions, et de rendre une version remani√©e de son document-guide en¬†juin 2021. Sans attendre cette date, la Commission devra faire¬†de¬†nouvelles propositions de r√©forme des principes d‚Äô√©valuation du risque.
Le commissaire europ√©en charg√© des questions de sant√© et de¬†s√©curit√© sanitaire de l‚Äôalimentation, le Lituanien Vytenis Andriukaitis, a¬†d√©sapprouv√© le vote des parlementaires. Celui-ci, a-t-il d√©clar√© sur Twitter,¬†¬ę n‚Äôest¬†h√©las pas une bonne nouvelle pour les abeilles ¬Ľ. ¬ę Non, nous ne¬†baissions pas le niveau de protection, a-t-il poursuivi. Oui, nous¬†avons Ňďuvr√©, difficilement, pour obtenir le soutien de dix-neuf Etats¬†membres.¬†Nous sommes revenus √† la case d√©part, c‚Äôest regrettable. ¬Ľ
Au contraire, les ONG environnementalistes se f√©licitent de¬†la r√©solution des parlementaires ¬ę Les d√©put√©s europ√©ens ont pris la¬†mesure du scandale qui se joue autour de l‚Äôhomologation des pesticides, se¬†r√©jouit Nicolas Laarman, d√©l√©gu√© g√©n√©ral de l‚Äôassociation Pollinis. L‚Äôagrochimie,¬†avec la complicit√© des Etats membres et de la Commission europ√©enne, essaie de¬†nous priver du seul outil scientifique qui¬†permettrait d‚Äôenrayer le d√©clin des¬†pollinisateurs en Europe. ¬Ľ L‚ÄôUnion nationale de l‚Äôapiculture fran√ßaise¬†(UNAF) se f√©licite √©galement de la motion, √©voquant un ¬ę immense¬†soulagement ¬Ľ.

¬ę Le nouveau Parlement a montr√© qu‚Äôil prend au s√©rieux¬†la protection des pollinisateurs europ√©ens en danger, estime de son c√īt√©¬†Franziska Achterberg, charg√©e de la politique alimentaire √† Greenpeace. Le¬†Parlement a r√©ussi son premier test, c‚Äôest maintenant √† [Ursula] von¬†der Leyen [la future pr√©sidente de la Commission europ√©enne] et √† son¬†√©quipe de montrer que la Commission peut faire de m√™me et prot√©ger¬†les abeilles¬†des pesticides dangereux. ¬Ľ

 

 

4-¬†Le no man's land devenu √©crin de verdure : √† Nairobi, la¬†for√™t de Karura rena√ģt, AFP, 24/10/19, 16:00. Nick Perry

"On ramassait des corps qui avaient √©t√© jet√©s, certains¬†en d√©composition, d'autres plus frais", raconte John Chege, se rem√©morant¬†ses premi√®res patrouilles dans la for√™t de Karura, √† une √©poque o√Ļ¬†voleurs et¬†assassins √©taient plus nombreux que les promeneurs dans ces bois au cŇďur de¬†Nairobi.
La réputation de Karura était sulfureuse et accompagnée de légendes urbaines racontées pour faire peur aux enfants. La nuit, M. Chege et les autres rangers redoutaient les tours de garde, passés torche en main en espérant ne pas croiser le chemin d'un intrus.


"C'était l'enfer", assure M. Chege, chef des rangers de Karura depuis 2009, lorsqu'ont été entrepris de sérieux efforts pour rendre cette forêt aux habitants de Nairobi.
"Aujourd'hui, nous nous réjouissons qu'il n'y ait plus rien de tel", sourit M. Chege.
Karura accueille désormais jusqu'à 30.000 visiteurs par mois, contre zéro en 2009.
En l'espace de 10 ans, ce dangereux no man's land est devenu¬†un des endroits les plus s√Ľrs et les plus populaires de la capitale k√©nyane,¬†une bouff√©e d'air frais dans une ville min√©e par le vacarme et¬†la pollution des¬†embouteillages.


Selon les d√©fenseurs de l'environnement, Karura, deuxi√®me¬†for√™t la plus grande du monde situ√©e au cŇďur d'une ville, est √©galement devenue¬†un symbole de r√©sistance face √† l'accaparement des¬†terres, pratique courante au¬†Kenya, et au d√©veloppement immobilier.
Les forêts kényanes sont amputées chaque année de 5.000 hectares au total, selon des chiffres du ministère de l'Environnement, mais Karura survit face au développement exponentiel de Nairobi.


- "Menace" -
Changer la mauvaise r√©putation de Karura n'a pas √©t√© ais√©,¬†m√™me apr√®s la construction d'une cl√īture √©lectrique autour de la for√™t,¬†souligne Karanja Njoroge, ancien pr√©sident de l'association des¬†Amis de la¬†for√™t de Karura, organisation qui co-g√®re cet espace prot√©g√©.
"En 2009, dire à quelqu'un qu'on allait l'emmener dans la forêt de Karura relevait de la menace", assure M. Njoroge. "Cela voulait dire que vous alliez être tué ou puni".
M. Chege et ses rangers, form√©s par l'arm√©e britannique,¬†couraient en treillis aux c√īt√©s des joggeurs inquiets pour leur s√©curit√©.¬†"Un visiteur voulait courir 10 km ? Mon gars courait 10 km aussi", se¬†souvient-il.
Mais petit à petit, le nombre de visiteurs a augmenté et les criminels ont été chassés. Un club de sport, abandonné en raison de l'insécurité, a même rouvert ses portes.
Les communaut√©s locales ont jou√© un r√īle crucial dans cette¬†transformation.
M. Chege lui-m√™me, un ancien b√Ľcheron, est issu d'un¬†bidonville au nord de Karura, dont les habitants utilisaient la for√™t comme¬†d√©charge et comme toilettes, et coupaient ses arbres.
De nos jours, ils sont ses protecteurs. Ils plantent des¬†arbres, enl√®vent les mauvaises herbes, et sont √† l'aff√Ľt de tout visiteur¬†suspect.


- Prix Nobel -
Karura, 1.000 hectares entourés par certains des quartiers les plus cossus de la capitale, a échappé au développement immobilier dans les années 90, lorsque de larges portions de forêt ont été offertes à de riches élites ayant des appuis politiques.
Wangari Maathai, fondatrice du Mouvement de la Ceinture Verte et première africaine à recevoir le Prix Nobel de la paix, a alors pris la défense de Karura et mobilisé leaders religieux, étudiants et juristes.
En janvier 1999, alors qu'elle plantait un arbre en signe de protestation, elle a été blessée par des hommes armés. L'attaque a fait le tour du monde et scandalisé une opinion publique lasse de l'accaparement des terres par des élites corrompues.
Les projets immobiliers furent abandonnés, mais la forêt porte encore les stigmates de ce passé troublé, dont des clairières créées pour construire des maisons jamais sorties de terre, ou des conduits en béton qui auraient du servir d’égouts.


- Défiguré -
Malgré ces victoires, la quiétude de la forêt est loin d'être assurée.
D'autres forêts, comme Oloolua au sud de Nairobi, ont souffert d'empiètements. Même le parc national de Nairobi a été défiguré par la construction d'un pont pour une ligne de chemin de fer le traversant en son centre, en dépit d'une décision de justice.
A Karura, l'élargissement d'une route à l'est de la forêt inquiète. Et la menace d'accaparement n'est jamais très loin : en juillet, un tribunal a débouté une société privée qui assurait posséder 4,3 hectares de la forêt.
Quoi qu'il en soit, la métamorphose de Karura reste une réussite. Des espèces d'arbres indigènes repoussent au détriment d'espèces introduites par les colons britanniques en vue de construire le chemin de fer vers l'Ouganda, et les promeneurs peuvent croiser, au détour des chemins et rivières, des singes, de petites antilopes ou des calaos.
Wanjira, la fille de Wangari Maathai, est persuadée que sa mère serait fière de Karura, "et peut-être même surprise de voir à quel point les gens l'adorent". "Elle espérait que les enfants de ses enfants (...) pourraient profiter de la forêt, et c'est ce qui s'est passé".



5- Les sangliers, pomme de discorde entre agriculteurs et chasseurs, AFP, 20/10/19, 08:00. Laure Fillon

Des hivers plus doux, des glands et du ma√Įs en abondance :¬†les sangliers pullulent en France, au grand dam des agriculteurs dont ils¬†ravagent les cultures et des chasseurs qui disent ne plus pouvoir¬†assumer les d√©g√Ęts.
Comme ailleurs en Europe, la population de sangliers s'est multipliée dans l'Hexagone au cours des dernières décennies : 36.000 étaient tués au début des années 1970, 750.000 en 2017.
Les raisons de cette explosion d√©mographique ? Les sangliers¬†se reproduisent vite et les hivers plus doux favorisent la survie des petits.¬†Leurs pr√©dateurs naturels ont √©t√© √©limin√©s. Ces omnivores¬†b√©n√©ficient d'une¬†nourriture en for√™t (glands, ch√Ętaignes, faines), mais aussi dans les champs.¬†Ils sont friands de ma√Įs cultiv√© sur des surfaces √©tendues en France, peuvent¬†facilement se cacher dans¬†les grandes parcelles et s'adaptent √©galement bien¬†aux zones p√©riurbaines.
Pendant longtemps, la chasse de cet animal rare dans¬†l'apr√®s-guerre, s'est faite "de fa√ßon √† en assurer la pr√©servation voire¬†le d√©veloppement", soulignait en mars un rapport parlementaire.¬†C'est-√†-dire¬†en √©vitant de tuer les adultes reproducteurs, en particulier les¬†laies, en rel√Ęchant des sangliers dans la nature ou en les nourrissant.
S'en est suivie une augmentation des d√©g√Ęts agricoles, en¬†particulier sur le ma√Įs, le bl√© tendre et les prairies, au point que Christiane¬†Lambert, pr√©sidente du premier syndicat agricole, la FNSEA, a¬†reproch√©¬†publiquement aux chasseurs de ne pas en faire assez.


Les chasseurs sont charg√©s d'indemniser les agriculteurs.¬†Pour la saison de chasse 2016-17, ils ont ainsi pay√© 37 millions d'euros au¬†titre de l'indemnisation "grand gibier", dont le sanglier est le¬†principal responsable. En ajoutant les co√Ľts d'estimations des d√©g√Ęts, des¬†gestions de dossier et d'actions de pr√©vention, la facture grimperait √† 60¬†millions, selon le rapport parlementaire.
"Ces probl√®mes ne sont pas r√©partis √©galement sur le¬†territoire", pr√©cise √† l'AFP Eric Marboutin, de l'Office national de la¬†chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Les d√©g√Ęts se concentrent dans l'Est¬†et¬†le centre: "19 d√©partements concentrent 50% des montants indemnis√©s",¬†selon le rapport parlementaire.


- Tirer tous les sangliers ? -
"Nous ne sommes plus en mesure financièrement de payer", s'alarme Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), qui abordera le sujet lors de l'assemblée générale de l'organisation mardi et mercredi.
Il existait un pot commun national pour ces indemnisations. Mais il vient d'être supprimé par le gouvernement au profit d'un système de dédommagements au niveau local, dans l'idée de responsabiliser davantage les fédérations de chasse départementales.
"Il y a plein de territoires qu'on ne ma√ģtrise¬†plus", assure Willy Schraen, citant les zones p√©riurbaines o√Ļ il est¬†impossible de chasser avec des armes √† feu car trop dangereux, des espaces¬†naturels¬†prot√©g√©s ou des for√™ts o√Ļ les propri√©taires refusent la chasse.
"On souhaite changer la loi", dit-il, pour ne plus¬†√™tre les seuls √† payer le montant des d√©g√Ęts.
Thierry Chalmin, qui suit le dossier à la FNSEA, réclame le "tir libre du sanglier", c'est-à-dire que les chasseurs n'épargnent plus les reproducteurs ni les femelles ayant des petits, et si besoin le recours au piégeage en zone péri-urbaine.
Le rapport parlementaire va dans ce sens en recommandant de "bannir toute consigne restrictive pour la chasse", mais aussi de réduire la taille des parcelles agricoles pour limiter les possibilités de se cacher pour les sangliers.
Outre les d√©g√Ęts dans les champs, la prolif√©ration des¬†sangliers inqui√®te les agriculteurs √† cause de la menace de la peste porcine,¬†maladie virale tr√®s contagieuse (non transmissible aux humains),¬†pr√©sente en¬†Belgique. "Ce serait une catastrophe pour les √©leveurs de porcs",¬†insiste Thierry Chalmin.
Le minist√®re de la Transition √©cologique, de son c√īt√©, met¬†en avant des mesures prises r√©cemment : interdiction de l√Ęcher des sangliers¬†dans la nature, limitation de l'agrainage, qui consiste √† app√Ęter¬†le gibier¬†avec du grain en for√™t ou responsabilisation financi√®re des f√©d√©rations¬†d√©partementales.
Reste à régler l'épineuse question financière, selon les chasseurs qui attendent à leur AG le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon et la présidente de la FNSEA.

 

 

6- Transition écologique : certains agriculteurs mettent en place leurs propres labels, France 2, journal de 13h, 24/1019

Jihane Benzina énumère sur le plateau du 13 Heures certains labels mis en place par les agriculteurs eux-mêmes, et ce afin de mettre en avant une manière écoresponsable de faire leur métier.
Produire de manière plus raisonnable, effectuer une transition vers le développement durable, ce sont des défis que doivent relever les agriculteurs afin de répondre à une demande des consommateurs. Certains exploitants sont même allés jusqu'à créer leur propre label, à l'image d'un éleveur des Landes. "Tout commence il y a dix ans, lorsqu'un jeune éleveur reprend l'exploitation familiale. Il y a quelques chèvres des Pyrénées qui servent à débroussailler les parcelles", explique en plateau Jihane Benzina.

‚ÄúJ‚Äôai lu quelque part que cet arbre est une des esp√®ces qui¬†diffuse le plus d‚Äôoxyg√®ne‚ÄĚ explique un jeune volontaire √†¬†Associated¬†Press, fier du ficus qu‚Äôil vient tout juste de planter¬†dans la¬†for√™t de la r√©serve Kukrail.
‚ÄúIl y a tellement de pollution en ville que nous avons¬†besoin des arbres pour produire de l‚Äôoxyg√®ne‚ÄĚ
Pour Akhilesh Yadav, ministre en chef d‚ÄôUttar Pradesh,¬†planter autant d‚Äôarbres encouragera la prise de conscience de l‚Äôimportance du¬†reboisement des for√™ts, et la¬†n√©cessit√© de conserver et prot√©ger¬†l‚Äôenvironnement. ‚ÄúDe s√©rieux efforts sont primordiaux pour r√©duire les¬†√©missions de carbone et limiter les effets du changement¬†climatique,‚ÄĚ a-t-il¬†√©galement d√©clar√©. ‚ÄúUttar Pradesh a fait un premier pas dans cette d√©marche.‚ÄĚ
Les gouverneurs des 29 √Čtats de l‚ÄôInde sont vivement¬†encourag√©s √† lancer des op√©rations de reforestation, pour augmenter le nombre¬†d‚Äôarbres dans tout le pays. Ces¬†actions environnementales font partie des¬†engagements pris par le gouvernement Indien, lors de la COP 21 qui a eu lieu √†¬†Paris, entre novembre et d√©cembre 2015.
L‚Äô√Čtat a mis de c√īt√© pr√®s de 6,2 milliards de dollars (soit¬†environ 5,6 milliards d‚Äôeuros) pour des initiatives similaires, et¬†esp√®re honorer sa promesse, qui consiste √†¬†replanter l‚Äô√©quivalent de 95¬†millions d‚Äôhectares de for√™t d‚Äôici 2030. Des gardes-chasse √† la¬†retraite seront charg√©s de surveiller les r√©gions o√Ļ les arbres ont √©t√©¬†plant√©s, afin¬†d‚Äôobserver et de contr√īler la bonne croissance des jeunes plants.¬†Seuls 60% d‚Äôentre eux sont destin√©s √† pousser correctement.

 

 

4- La "m√©moire" de la glace du Mont-Blanc bient√īt¬†conserv√©e en Antarctique, AFP, 12/07/16, 12:00
Antoine Agasse


Stocker des √©chantillons de glaciers en Antarctique: l'id√©e¬†peut para√ģtre saugrenue. C'est pourtant l'objectif d'une √©quipe de chercheurs¬†qui va se rendre en ao√Ľt sur le¬†Mont-Blanc pour y pr√©lever de la glace menac√©e¬†par le r√©chauffement climatique.
"Ce n'est pas pour le plaisir de garder quelques¬†gla√ßons. La glace est un puits d'information", explique √† l'AFP J√©r√īme¬†Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire¬†de Glaciologie et G√©ophysique¬†de l'Environnement (LLGE) √† Grenoble.
Au total, une douzaine de glaciologues fran√ßais, italiens et¬†russes vont passer plusieurs jours √† 4.300 m√®tres d'altitude, au col du D√īme,¬†pour forer trois carottes de glace de¬†140 m√®tres de long.
Ces "échantillons" de plusieurs tonnes seront conditionnés dans des caisses isolantes puis une des carottes sera analysée au laboratoire de Grenoble pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à l'horizon 2019 ou 2020.
Une opération de carottage est également programmée au printemps 2017 sur le glacier de l'Illimani, à 6.300 mètres d'altitude, en Bolivie, dans des conditions nettement plus difficiles.
Objectif : conserver pour des siècles la "mémoire de la glace", une "matière première" extrêmement précieuse pour les scientifiques.


- Recherche sur les virus -
En se formant sous l'effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d'air et des impuretés, témoins - en profondeur - de l'atmosphère d'il y a plusieurs dizaines ou milliers d'années.
C'est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre. Sur les glaciers du Mont-Blanc, les chercheurs peuvent étudier l'évolution de la pollution ou de l'activité industrielle au niveau européen sur une centaine d'années.
"On a ainsi un joli pic de c√©sium 137 en avril¬†1986" apr√®s la catastrophe de Tchernobyl, sourit J√©r√īme Chappellaz.
Et au regard de l'évolution très rapide des technologies, "on est incapables de dire ce qu'on sera capables de faire scientifiquement dans 50 ans ou 100 ans", souligne-t-il: "Qu'est-ce qu'on pourra mesurer? Pour en tirer quoi comme information liée à l'environnement, au climat ou à la biologie ?"
Le chercheur cite notamment les recherches sur les mutations de virus ou de bactéries, piégés dans la glace, comme piste de travail possible.
Mais les glaciers √©voluent - fondent - tout aussi¬†rapidement, √† tel point que ceux qui culminent √† moins de 3.500 m√®tres¬†devraient dispara√ģtre avant la fin du si√®cle dans les¬†Alpes. Dans les Andes, le¬†glacier de Chacaltaya (Bolivie), qui culminait √† 5.300 m√®tres, a disparu d√®s¬†2009.
"Cette ann√©e, il y a eu de la fonte √† 6.000 m√®tres sur¬†l'Illimani avec le ph√©nom√®ne climatique El Ni√Īo", souligne Patrick Ginot,¬†ing√©nieur de recherche √† l'Institut de¬†recherche pour le d√©veloppement (IRD) et¬†un des initiateurs du projet.
Dans 50 ans, "on aura sans doute les outils pour¬†analyser mais on n'aura peut-√™tre plus les carottes de glace", pointe¬†J√©r√īme Chappellaz.


- "Congélateur naturel" -
Dans les dix ans qui viennent, les glaciologues esp√®rent donc¬†effectuer une vingtaine de carottages sur des sites r√©partis sur tous les¬†continents. L'ensemble des carottes¬†seront conserv√©es dans une cave de neige √†¬†Concordia, "un cong√©lateur naturel √† -50¬įC", √† l'abri des pannes¬†√©lectriques ou des attentats.
Le projet, qui s'inscrit dans un programme de l'Unesco, est notamment soutenu par le CNRS, l'Université Ca’Foscari de Venise et l'Université Grenoble Alpes (UGA).
Mais faute de retombées immédiates en termes de recherche, les financeurs traditionnels n'ont pas pu être sollicités. La fondation UGA a donc fait appel au mécénat privé pour trouver les quelque deux millions d'euros nécessaires sur cinq ans.